Si votre e-mail ne s'affiche pas correctement veuillez cliquez ici

Association des Artisants Laviers & Muraillers de Bourgogne - Pierres qui roulent, notre bulletin d'information.

Saison 7 / L'Eté - Edito

Les pierres roulent comme passe le temps.

Déjà les colchiques fleurissent, annonçant l’équinoxe qui marquera la fin de la saison.

Telle une fête de clôture, c’est à cette date que les Journées du Patrimoine ont lieu
et comme pour prolonger les vacances, la pierre se fête en Provence.

Matériau d’hier et d’aujourd’hui, la pierre focalise les passions et suscite des vocations.
Les techniques ancestrales deviennent innovantes au contact du présent.

C’est au cœur de la carrière que le rendez-vous est donné pour en parler.
La parole annonce le geste, tous deux acquis par l’imitation et l’initiation.

L’apprentissage d'un savoir-faire passe par la compréhension de son milieu, de son paysage et nous invite, pour le découvrir, à la ballade, au voyage.

Une mobilité curieuse à travers l’espace et le temps.

Bonne lecture.


La construction en pierre massive - Journée professionnelle


En ouverture à la 9ème édition du Festival de la Pierre et du Patrimoine des Baux-de-Provence (13), la journée du vendredi 19 septembre sera consacrée à la construction en pierre massive.

Initié par l’architecte Gilles Perraudin au tournant du XXIeme siècle, l’emploi de la pierre massive se présente comme une réponse possible aux problèmes écologiques engendrés par le secteur du bâtiment (responsable de 23.5% des émissions de CO2 dans l’atmosphère), en proposant une alternative à l’emploi de matériaux transformés et polluants.

Aujourd’hui, le contexte environnemental mondial incite les constructeurs à rechercher une meilleure utilisation des ressources naturelles locales et repositionnent ainsi la pierre sur le devant de la scène.

Ce colloque s’articulera entre tables rondes et conférences, réunissant architectes, bureaux d'étude, carriers, tailleurs de pierres, maçons, entreprises en éco-construction, lycées professionnels, écoles d’architecture,
donneurs d’ordre (collectivités publiques, communautés de communes, mairies) et tous les particuliers intéressés par un projet de construction.

PROGRAMME ET INSCRIPTION

En guise de prélude, l’UNICEM Languedoc-Roussillon provoque une discussion publique entre Rudy Ricciotti et Gilles Perraudin.
Cette rencontre aura lieu le 18 septembre à Montpellier, dans le cadre de la journée "Construire avec le minéral".

Plus d’infos

Pour tout savoir et tout comprendre sur la construction en pierre massive,
lisez l'ouvrage de Gilles Perraudin: Construire en pierre de taille aujourd'hui

Photo: Détail d'une maison d’habitation en pierre massive dans le Gard (30).
Photo prise lors d'une visite de chantier, dans le cadre d’une journée « Pierre Naturelle dans la construction » organisée par Maisons Paysannes Languedoc Roussillon en 2013.

La pierre en faîte !

Ces journées de palabres seront suivies, durant tout le week end, par le Festival de la Pierre et du Patrimoine des Baux-de-Provence qui réunit chaque année professionnels et amateurs des métiers de la pierre.

Ouvert au grand public, diverses animations seront proposées : concours de sculpture, de taille de pierre, ateliers d’initiations pour les enfants, démonstrations de constructions romaines, déambulations contées au cœur des anciennes carrières, concerts en soirée.

PRESENTATION ET INSCRIPTION


Le Festival de la Pierre et du Patrimoine aux carrières de la Trouchaumière, septembre 2013. Photo: Ali Aissaoui


Pierre sèche en perambulation par J.F. Coulais

En tant que géographe et enseignant-chercheur dans une école d’architecture,
mon intérêt pour les formes des paysages du Clunisois n’a cessé de croître depuis une dizaine d’années et s’est intensifié depuis ma rencontre avec la pierre sèche.

Peu après mon installation à Ameugny, il m’est rapidement apparu que le savoir-faire architectural de cette région devait reposer sur une tradition constructive vernaculaire très ancienne, à partir de laquelle il s’est développé et a pu atteindre la perfection qui fait l’admiration de tous, notamment à la période romane.

En cherchant à comprendre l’origine de cette tradition, je me tournai vers l’étude des liens unissant géologie et construction, particulièrement riches en Bourgogne du sud en raison d’une succession d’événements tectoniques, de substrats très accidentés et de l’extrême diversité des sols et des roches qui en résultent.

Arpentant une cinquantaine d’anciennes carrières locales, qui fournissaient à chaque village ses pierres de construction, j’ai observé leur usage dans les formes du bâti et dans les ouvrages d’art qui organisaient autrefois le cadre de la vie rurale et dont subsistent aujourd’hui d’innombrables vestiges.

Les techniques de construction en pierre sèche se sont alors imposées à moi comme l’expression d’une profonde intelligence du terrain et comme l’infrastructure fondamentale des paysages du Clunisois.

Mais pour aller plus loin dans la compréhension de cette intelligence, la pratique de la construction en pierre sèche s’avère indispensable.

C’est seulement en réarticulant le geste, l’observation et la réflexion que l’on peut tenter d’en comprendre les principes formels. Les propriétés spécifiques de chaque matériau en guident la mise en œuvre et permettent la production de formes constructives parfaitement adaptées tant à la fonction recherchée qu’aux contraintes de la pierre et du terrain.

Ce sont ces principes que le stage organisé par l'association "Laviers et Muraillers de Bourgogne" au domaine Saint-Laurent m’a permis d’approcher, grâce à un état d’esprit de transmission et de travail en équipe entre maître et apprentis.

Alliant connaissances théoriques, expérimentation et pratique, le stage est organisé selon l’idée qu’à chaque problème rencontré, le stagiaire doit trouver par lui-même une solution adaptée, en puisant dans les savoir-faire, dans l’expérience des outils et des techniques délivrés par le maître de stage.

Mon apprentissage se prolonge aujourd’hui sur un chantier personnel, chez moi à Ameugny, avec Pierre Linck qui pilote les formations au Domaine Saint-Laurent.

L’exigence d’une invention renouvelée à chaque étape de la construction, d’une adaptation du geste du bâtisseur à la situation donnée est au cœur du travail et de l’esprit de la pierre sèche, plutôt que l’application sans discernement d’une recette ou d’un modèle, selon le mode opératoire de la construction moderne, qui se révèle souvent mal adapté et peu durable parce qu’il repose sur des principes de répétition et de standardisation.

C’est dans l’acuité d’un regard et dans la dextérité d’un geste que naît l’intelligence du terrain, avant de se déployer dans l’architecture et dans le paysage. A l’échelle d’un territoire entier, la pierre sèche devient alors un élément structurant du paysage, dont dépendent par exemple la récupération et le drainage des eaux de source et de ruissellement, la viabilisation des chemins et le franchissement des obstacles, le soutènement des pentes et des terrasses de culture, la clôture des parcelles et des prairies d’élevage, et une multitude d’autres micro-infrastructures.

Avec l’eau et le végétal, elle engendre les microclimats indispensables à la culture, maintient les réserves écologiques du terroir, organise le maillage du territoire dont elle dessine et rythme les formes.

Lien fondateur entre géologie et construction, la pierre sèche unit le substrat minéral sur lequel nous vivons et l’œuvre humaine à travers laquelle nous nous réalisons.

A ce titre, elle peut faciliter la prise de conscience de notre être géographique et contribuer à donner une signification plus riche à notre présence sur la terre.


Jean-François Coulais docteur en géographie,
Professeur à l’Ecole d’Architecture de Versailles

Illustration (détail) par l'auteur. Pierres et paysage d'Ameugny (71).

Voir le dessin en entier



Le prochain stage de formation initiale à la technique pierre sèche
aura lieu au printemps 2015.


"Pierre qui roule ..." par Léonard de Vinci



" Il était une fois, une pierre qui vivait sur les hauteurs, parmi les bosquets et les fleurs.

Elle n’avait qu’un seul désir : aller rejoindre ses semblables en contre-bas, sur la route rocailleuse.

Un jour, elle roula jusqu’au bas de la colline et alla se nicher contre ses sœurs.

Mais très vite elle se rendit compte que les lourdes roues des chariots, les gros sabots ferrés des chevaux et bien sûr les bottes des humains, les écrasaient à leurs passages et que se sort était loin d’être enviable.

La plupart du temps, elle était souillée de boue, éclaboussée par les excréments des animaux et piétinée sans pitié.

Elle se haussait pour voir la colline et se morfondait en vain en apercevant le bosquet charmant, les massifs de fleurs, ce paradis paisible qu’elle avait quitté.

Voilà ce qui arrive à ceux qui choisissent de quitter une vie faite de solitude et de contemplation pour vivre dans les villes parmi les gens d’une infinie méchanceté."


Cette parabole, consignée dans le Codex atlanticus, exprime le désenchantement que ressentit le jeune Léonardo lorsqu’il quitta la campagne pour s’établir à Florence en 1470. (Source)


La citation de la saison



Rédaction: Association "Laviers & Muraillers de Bourgogne"
Matriçage: Martin Muriot
Conception Graphique: Johan Mary
Août 2014 - Tous droits réservés

Si vous ne voulez plus recevoir d'e-mail de notre part cliquez ici