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Association des Artisants Laviers & Muraillers de Bourgogne - Pierres qui roulent, notre bulletin d'information.

Saison 6 / Le Printemps - Edito

Primus tempus, ‘le premier temps’ est celui du renouveau du cycle saisonnier.

Depuis l’hiver, la graine a germé et la plante croît, avec la promesse de la perpétuation.
Plongeant ses racines dans le sol, elle se nourrit de minéraux, les assimile, les porte en elle pour nous les retransmettre.

Au Néolithique, des groupes humains mettent en place des méthodes de productions agricoles en sélectionnant des semences d’espèces sauvages.

Parmi ces espèces, les céréales tiennent une part importante de l’alimentation.

La domestication des céréales et les premières tentatives de mélanger des grains broyés avec de l'eau, marquent le commencement de notre histoire commune.

Dans le même temps, les techniques liées au travail de la pierre (extraction, taille et construction) se développent et conduisent à la fabrication d’objets usuels comme les meules qui transforment les graines en farine.

Les premiers pains, sous forme de galettes, sont cuits sur des pierres préalablement chauffées. Puis, avec l’essor de la poterie, l’argile est convoquée pour la réalisation du four à voûte.

Ainsi naît le pain, aliment ancestral et toujours quotidien.

Dans l’élan de réappropriation des savoirs-faire traditionnels que nous connaissons de nos jours, la fabrication d’un pain de qualité et de son corollaire le four à bois, se développe.

Le four banal de nos villages, élément emblématique d’une architecture vernaculaire est un organe de vie sociale.
Facteur de partage et de convivialité, il connaît un regain d’intérêt dans notre société moderne individualisée.

C’est ainsi que chaque année, un four à pain traditionnel est restauré ou construit par nos soins.

Pour célébrer cette renaissance, nous lui consacrons ce numéro.

Bonne lecture.


Un four réssuscité


La commune de Sainte-Hélène, en Saône-et-Loire, possède un four banal situé en appendice d’une salle voûtée.

Le four à pain forme une saillie caractéristique dans la propriété contiguë.
Longtemps délaissée , les affres du temps ont eu raison de la totalité de la construction.

Désireuse de faire revivre cet ouvrage communautaire, la municipalité commande à Joël Jannet, artisan de l'association "Laviers et Muraillers de Bourgogne", la reconstruction complète de l’ouvrage.

Après le démontage de la ruine, la ceinture en pierre du soubassement est rebâtie.
La sole est posée indépendamment de la voûte du four. Pièce d’usure, elle doit pouvoir être changée ou réparée de l’intérieur. La hauteur d’un four doit permettre à un homme de travailler à quatre pattes.

La voûte est construite en briques réfractaires de 22 cm, posées à joints vifs en intrados et maçonnées au mortier de chaux en extrados. La forme est donnée par un tas de cran (arène granitique) tassé et arrondi avec un méplat au sommet. Le sable sera ensuite sorti par la gueule.

La voûte est étanchéifiée par un enduit de mortier au ciment fondu, puis chargée par cinq tonnes de laves (lauzes calcaires), en tas de charge, taillées en giron.
La forme initiale est reconstituée.

Un ferronnier réalise de nouvelles portes pour rendre le four opérationnel.

Dès les travaux achevés, le four est allumé par des chauffes progressives.
La fumée sait déjà trouver son chemin, tout comme le bon canon de vin (côte chalonnaise oblige) offert par la municipalité à cette occasion.

Nous remercions et saluons les habitants de Sainte-Hélène qui ont suivi les travaux avec intérêt et ont permis cette renaissance sous de sympathiques hospices.


Photo : Le four à pain après restauration. Par Bernard Gagniarre


Au four et au moulin : les Rencontres de la Pierre de Junas


Les 5 et 6 juillet prochain se dérouleront les 27eme Rencontres de la Pierre de Junas (Gard).

Cet évènement est organisé par l’association "des Hommes Et des Cailloux" (H.E.C.) qui œuvre à faire la promotion de la pierre sous toutes ses formes, à favoriser les interactions entre professionnels et à partager les connaissances et la passion de « la belle ouvrage » avec le public.

Cette manifestation réunit une centaine de professionnel-le-s de la taille de pierre, de la sculpture sur pierre, de la mosaïque et de la maçonnerie à pierre sèche autour de projets alliant la technique, l’art et la matière.

Ces Rencontres se déroulent au cœur d’anciennes carrières à ciel ouvert qui portent en mémoire les labeurs séculaires d’ouvriers de la pierre.

Cette année verra l’aboutissement du projet de transition du Four à Pain et la mise en route du projet de la Feuille, sculpture monumentale.

Le choix de réaliser un four à pain est né de la volonté de concilier exercice technique et ouvrage dédié à la convivialité.



Après la réalisation d’un soubassement en pierre sèche et d’une coupole surbaissée en pierre de taille, les Rencontres 2014 permettront d’exécuter le couronnement composé d’une croisée d’ogive remplie d’un appareillage à pierre sèche.

Le symposium est ouvert au public et permet aux visiteurs d’observer les méthodes traditionnelles de travail, d’échanger avec les oeuvrier-e-s et de participer aux ateliers d’initiation.

Animations musicales en journée, concerts en soirée, expos, repas délicieux et buvette seront les ingrédients supplémentaires pour une grande fête !

Téléchargez :

• l’Affiche
• le Bulletin d’Inscription (pour les participants)
• le Programme
• le Dossier de Presse (98,7 Mo !)


Découvrez:

"LA LETTRE DE LA PIERRE"
du mois d'Avril et du mois de Mai


Photo 1: Pose des claveaux de la voûte du four à pain dans les dernières heures des Rencontres 2013 par Natacha a.k.a. Zaga-zoom.

Photo 2 : Dessin 3D de la voûte du four par Pierre Verine pour H.E.C.



Le four, le boulanger et la boulangère



Cette histoire commence par des coups de pioches.

Donnés pour réaliser une fouille de fondation, ils furent le coup d’envoi d’un délicieux projet porté par Emélie Simonot et Romain Robbe : fabriquer du pain au levain cuit dans un four à bois.

Tous deux épris de la beauté du geste, des savoirs-faire et des matériaux nobles, ils ne l’ont imaginé qu’à l’image du four que l’on trouve fréquemment dans les villages de Saône-et-Loire, celui de type gallo-romain.

Ils furent épaulés par le regretté Gérard Escoffier, compagnon tailleur de pierre de l’Aude, passionné du bel ouvrage, mais aussi du bon pain.
Il avait déjà à son actif la réalisation de plusieurs fours de belles dimensions, mais aussi de plusieurs fournils où il faisait lui-même le pain.
Avec sa générosité, son enthousiasme ainsi qu’une indéniable maîtrise, il leur permit d’acquérir les éléments fondamentaux pour qu’ils puissent à leur tour débuter cet ouvrage.

Four à voûte de briques réfractaires où la combustion du bois se réalise sur la sole sur laquelle on dispose les pâtons de pain, il est l’aïeux des fours "à gueulard" dont seule la flamme traverse la chambre de cuisson, le foyer se trouvant sous ou à côté du four.
D’une utilisation plus délicate par les proportions de sa chambre de cuisson, plus physique (il faut retirer la cendre de la sole avant de procéder à son nettoyage minutieux avec la serpillière de l’écouvillon) mais aussi d’une certaine imprévisibilité quant à l’emmagasinement de la chaleur.

Il est le four de tous, celui qui a nourri les habitants de nos contrées depuis des siècles.
Il est à la fois symbole du giron maternel par la chaleur qu’il porte en lui, symbole de liberté par l’abandon des banalités seigneuriales à l'issu de la Révolution, et de fraternité de par son usage communautaire. Tout un poème…

C.A.P. en poche, c’est le 1er août 2010 que l’entreprise est installée à Nanton (71).
Elle démarre son activité pour aujourd’hui fournir les marchés en divers pains au levain naturel : pain de froment ancien ; aux graines (lin, avoine nue, mélilot, luzerne) ; tourte pur seigle ; pain pur engrain (blé dur ancien proche de la céréale sauvage) ; pain pur sarrasin ; pain d’emmer noir (blé dur ancien) ; pain d’engrain et châtaigne ainsi que des brioches.

Tous les pains sont réalisés avec la farine biologique des paysans meuniers de "La Ferme de la Gauloise" (Sacquenay, 21).

Dégustez le fruit de leur travail :

• au lavoir de Nanton les mardi et vendredi de 17 à 19h ;
• au marché de Chalon/Saône (Place de la Mairie) les mercredi matin ;
• au marché de Tournus les samedi matin ;
• sur la tournée tournugeoise du mardi (sur inscription)

Contact


Photo : Les pains sortis du four. Par Emélie S. et Romain R.



Le four, "les mijoux" et le "magnin"



A l’occasion de la reconstruction du four à pain de la commune de Chamilly (déplacé en 1910), un ancien vient me conter l’histoire des "Mijoux de Magnin" que seraient les habitants de cette commune.

Les "mijoux" sont "les mangeurs" en patois bourguignon.
Le "magnin" désigne le chaudronnier ambulant qui, à l’instar du "raigüjou" (rémouleur) et autres marchands ambulants, circulaient dans nos contrées aux siècles passés.

L’histoire se déroule pendant une guerre. - Ce sont les guerres qui génèrent toujours les atrocités. - Il fait froid, très froid.

Le magnin est de passage dans le bourg à la nuit tombée. Il trouve le four à pain encore chaud de la fournée du jour et déjà garni de paille et de petits bois pour la flambée du lendemain.

L’aubaine d’un bon matelas est irrésistible, et les quelques bons canons absorbés pourvoient à l’endormissement immédiat et profond du magnin qui s’enfourne dans la caverne douillette du four à pain.

C’est sans compter sur la matrone qui vient craquer une allumette avant l’aurore, et s’en retourne finir sa nuit sans vérifier l’impensable.

Le mitron découvre le magnin tout rôti au matin, et s’en va prévenir les maisonnées.

C’est l’hiver… C’est la guerre… Il fait froid, les gens ont faim…

Et puis, y faut pas perdre, alors, le magnin, ils l’ont mangé…

Passant, vagabond, touriste… quand tu passeras à Chamilly, ne regarde jamais dans le four tout neuf sans t’assurer que personne ne t’y poussera…


Photo : Le four en flammes par Emélie S. et Romain R.



La citation de la saison



Rédaction: Association "Laviers & Muraillers de Bourgogne"
Matriçage: Martin Muriot
Conception Graphique: Johan Mary
Mai 2014 - Tous droits réservés

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