"Pierres qui roulent..." le média-lithe / Saison 17

Saison 17 - La pierre en parcours ...

Edito

Le printemps est là, radieux.  Le végétal explose en myriades de fleurs, de feuilles, impulsant une énergie nouvelle.

Le dehors nous attire, nous invite à sortir le rejoindre, pour sentir, regarder, entendre et toucher.

Le minéral, toujours patient, nous y attend. Points de repères de nos existences, les pierres jalonnent nos chemins, nos parcours.  

Alors, en route !

... tout azimut !

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Après 2 éditions du « Printemps de la pierre sèche » en 2015 et 2016, le temps est venu de mettre en commun tout ce qui touche la pierre : les muraillers de la pierre sèche, les émailleurs, les sculpteurs, les tailleurs de pierre et aussi les carriers par qui tout commence.

Tout le monde de la pierre présenté cette année au travers de chantiers et démonstrations, visite de carrière, stages et formations diverses.

C’est du 20 mars au 30 juin, dans un Massif central format XXL : les 4 grandes nouvelles régions, et parfois même plus loin ….

Nos stages de formation à la technique "pierre sèche" pour l'été 2017 : 

stage-juin
stage pierre sèche

... sur un site Natura 2000.

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Au sein du Parc naturel régional des Ballons des Vosges, les collines sous-vosgiennes protégées par les Hautes-Vosges, bénéficient d’un microclimat chaud et sec. Sur ces sols calcaires, landes et pelouses ont une allure de garrigues méditerranéennes ou de steppes orientales justifiant l’appellation Natura 2000 sur les parties sommitales. Les versants, quant à eux, composent le piémont viticole haut-rhinois.

Au sein du site Natura 2000, un maillage de vestiges lithiques, participe à la biodiversité du milieu: insectes, lézards, mammifères et oiseaux cavernicoles y trouvent gîte et couvert. Ces ouvrages sont liés à l’épierrement (appareillés d’un muret ou non, ou pierres simplement déversées) témoignent également de l’organisation de parcelles (structure agraire, enclos, cabanes).

Ce site Natura 2000 de pelouse à orchidée, est menacé par une dynamique d’embroussaillement forte. Les semences et sources de départ d’embuissonnement sont liées à ces pierriers (plus difficile d’entretien). Une solution pour le maintien du site naturel remarquable est d’utiliser ces ouvrages enfouis, les débroussailler, les consolider, les élever (pierre sèche ou fagot de pruneliers) pour (re)créer des enclos à bestiaux, adaptés à la pratique (retrouvée) indispensable au maintien du milieu naturel, à savoir le pâturage.

Le piémont viticole est également riche de différents murets en pierres sèches. Murets modernes et anciens, horizontaux (avec « pierres de lune » permettant l’accueil d’un cep accolé au mur dans les anciennes cultures «en foule») et verticaux. On retrouve aussi différentes formes et couleurs sur la base de constructions en grès rose, grès jaune, calcaire.

Ces ouvrages façonnent le territoire, permettent la mobilité d’une biodiversité spécifique et offrent une résistance au ravinement, favorisent le drainage et apportent une esthétique forte. Malheureusement certains murets anciens à parement simple vieillissent mal (ventre tendant à l’éclatement du mur) et découragent les vignerons qui mettent en œuvre de plus en plus d’enrochement ou de gabions.

Le PNR souhaite donc s’investir dans un projet global de maintien et de restauration des ouvrages en pierres sèches associés au piémont, pour renforcer les corridors écologiques entre le site Natura 2000 éclaté et le vignoble.

Suite à un premier contact avec la Fédération Française des Professionnels de la Pierre Sèche (FFPPS), une formation à l’attention des praticiens de la pierre sèche (entreprises d'insertion, des espaces verts mais aussi particuliers ) est proposée par le Parc et encadrée par les artisans Laviers Muraillers de Bourgogne. Ce stage de formation initiale qui aura lieu en octobre prochain, marque le début du projet.

En parallèle, un sondage auprès de propriétaires permettra de connaitre les opportunités concrètes de restauration-création. Décisives, les réponses à ce sondage permettront de mettre en valeur une volonté de territoire.

Un axe scientifique concernant des études à mener sur des espèces cibles qui profitent des ouvrages (Lézard vert, Huppe fasciée, flore particulière) en partenariat avec les associations de protection de la nature est à mener. La proximité du vignoble avec le site Natura 2000 des collines sous vosgiennes (noyau de biodiversité) vient appuyer l’importance d’un tel projet.

Retrouver des techniques de construction adaptées et intégrées au paysage, former des praticiens, travailler sur la ressource locale et renforcer les études concernant l’intérêt des murets pour une biodiversité spécifiques, en faveur d’un paysage authentique et cohérent avec les enjeux économiques et touristiques du territoire, telle est l’ambition du Parc naturel régionale des Ballons des Vosges.

Claudia Caridi, 

Chargée de mission Natura 2000, site des Collines sous-vosgiennes.

PLUS D'INFO :

Pierre sèche et bio-diversité 

Pour participer au stage du 2 au 5 octobre 2017, contactez-nous ! 

Photo : Guy Thomas. Huppe fasciée nourrissant ses petits, nichés dans une pierre trouée.

... par delà les frontières.

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L’agriculture en terrasses : une nouvelle chance pour l’agriculture de demain en Europe ?

La construction des terrasses trouve son origine dans une histoire très ancienne. Nous savons aujourd’hui que ces aménagements se développent autour de la Méditerranée entre le troisième et le premier millénaire avant J.C., les plus anciennes se trouvant sans doute en Grèce cycladique *.

Au Yémen les terrasses seraient déjà nombreuses dès le IVème millénaire avant J.C. ! Ce sont souvent des peuples marginalisés et chassés de leur terre qui, se réfugiant dans les montagnes, la développent afin de survivre dans des milieux contraignants. Ils excellent dans la lutte contre l’érosion des sols cultivés en édifiants des kilomètres de murets en pierre sèche. Dans beaucoup de régions, ils associent aussi à cette technique la maitrise et l’optimisation des ressources en eau, en captant, transportant et stockant cette ressource si rare.

Ce système, toujours opérationnel dans de nombreuses régions du monde, permet à des peuples multiples de nourrir leur famille, tout particulièrement dans les pays en développement comme en Chine, au Yunnan par exemple. En Europe, à partir de la Seconde Guerre Mondiale, les responsables politiques ont décidé de sacrifier l’agriculture de montagne, discréditant la petite agriculture paysanne au bénéfice de l’agriculture industrielle et chimique, encourageant ainsi un exode rural massif.

A partir des années 80, quelques géographes s’interrogent sur les conséquences de cet abandon généralisé en mettant en lumière les nombreux problèmes liés à cette désertification (érosion, augmentation des crues et des risques d’incendies, déstructuration du tissu social, pertes considérable d’un savoir-faire et de productions de qualité ne nécessitant aucun intrant, etc.) Leurs travaux de recherche ont contribué à sensibiliser aussi un public désireux d’échapper à l’agriculture chimique, préférant la qualité à la quantité. Sous leur pression, les différents acteurs du monde agricole et les responsables politiques s’engagent d’abord timidement dans des projets de réhabilitations puis, encouragés par l’U.E., portent des projets plus ambitieux comme un programme LEADER consacré aux terrasses. Ainsi des réseaux se créent à l’échelle européenne mais restent cantonnés dans un champ disciplinaire ou dans un secteur économique ; chacun essayant de faire financer ses projets et s’occupant plus de sa « chapelle » que de ce qui se passe ailleurs.

 C’est donc pour raisonner autrement et à une autre échelle, que quelques acteurs pluridisciplinaires, auxquels s’associèrent aussi ceux qui vivaient sur les terrasses en Europe et dans le reste du monde, créèrent une alliance internationale en 2010, ITLA (International Terraced Landscapes Alliance) (en français, "Alliance internationale pour les paysages de terrasses"), constituant aujourd’hui un réseau de plus de 200 experts (universitaires, géographes, agronomes, économistes, agriculteurs, etc… ) venus de plus de 24 pays. ITLA recense actuellement tous les projets existants dans le monde concernant la conservation, la réhabilitation, la revitalisation et la promotion de l’agriculture en terrasses.

ITLA ne considère pas seulement les terrasses comme un patrimoine à conserver ou à muséifier, mais comme une véritable opportunité qui doit participer à l’agriculture de demain.

Le défi dans ces régions est de trouver de nouvelles voies et des activités viables qui valoriseront cet héritage. Les solutions peuvent être fondées et justifiées par les avantages à long terme que peuvent représenter les paysages de terrasses : la prévention de l'érosion des sols, la diminution des effets du changement climatique, le contrôle des inondations et la gestion de l'eau ; la protection et l'enrichissement de l'agro biodiversité et des écosystèmes ; la diversification des économies rurales en valorisant les produits et les circuits courts, les semences et les cultures ; la volonté de les choisir comme une option viable pour les populations ; la valeur éducative du patrimoine, des paysages culturels et des histoires humaines qu'ils incarnent ; la beauté et l'attrait de ces paysages pour le loisir et le tourisme. 

Les cultures en terrasses ne contribueront-t-elles pas à proposer des solutions pour relever les nombreux défis de l’agriculture du XXIème siècle ?  

* Harfouche Romana, 2007, Histoire des paysages méditerranéens terrassés : aménagement et agriculture, BAR international Series 1634. 

Jean-François Blanc

Docteur en Géographie - Enseignant au Ministère de l’Agriculture

Membre du Comité de pilotage d’ITLA

Lire le projet d'ITLA France.

Découvrir le catalogue de l'exposition réalisée pour les 3eme rencontres de l'ITLA en 2016 (en anglais).

Photo : Catherine Blanc. Vue sur le vignoble en terrasses des "Cinque terre" en Italie, non loin de Gênes.

... de vie professionnelle.

françoise_naudet

(extraits)

... "En 2004, la CCI de Dijon me propose le poste de « chargée de mission marketing et communication » pour l’association Pierre de Bourgogne créée en 1996. Et me voici plongée dans ce noble matériau, ses carrières nichées au creux de la forêt ou sur les coteaux viticoles, sa diversité, sa beauté. J’apprends à la connaître, à démêler les subtilités d’appellations commerciales qui embrouillent le client.

La mission qui m’a été confiée vise surtout à développer la prescription des architectes, et pour cela, j’utilise les compétences acquises en école de commerce, à la formidable école de marketing de Salomon, puis au marketing atypique et environnemental de Patagonia pour développer de nouveaux outils pédagogiques qui doivent faciliter la compréhension et l’appréciation de la pierre : carte géologique simplifiée, nuancier « pantone » des pierres, site internet pédagogique. Nous déposons la marque « Pierre de Bourgogne », qui bientôt deviendra une Indication Géographique, multiplions les voyages d’architectes dans les carrières, les salons, développons les relations presse.

En quête de renouveau, en 2012 je réponds positivement à la proposition de poste de directrice du marketing du groupe La Pierre de France, créé en 2008 par rachat d’entreprises de la pierre fragilisées par la crise. La belle aventure tourne court au bout de 3 mois !

Je fais alors le choix d’une vie professionnelle plus incertaine, en tant que consultante indépendante, avec un positionnement affirmé sur la tendance du Made in France. Ma société s’appelle Savoir-French, en clin d’œil à mes années américaines, et j’ai pour ambition d’aider les entreprises qui ont un savoir-faire ancré sur le territoire à se redéployer par le marketing, l’innovation, le design, la communication, l’international.

(…)

La rencontre avec la Fédération Française des Professionnels de la Pierre Sèche (FFPPS) se fait en 2014 par l’intermédiaire de Yanick Lasica, consultant comme moi, et que je connais de longue date.

Yanick me propose de nous associer pour réaliser une étude sur le marché de la pierre sèche en France. La boucle est bouclée, en quelque sorte, et j’apprends au cours de cette étude que les amateurs passionnés des années 70 comme mon père ont fait des émules, que la pierre sèche est en plein renouveau, qu’elle n’est pas condamnée comme on aurait pu le penser. Elle est reconnue maintenant comme un métier d’art à part entière, le murailler, et se professionnalise, sous l’impulsion en autre, de la FFPPS. Je suis heureuse d’être en contact avec ces jeunes muraillers passionnés, qui cherchent à  définir un modèle économique pérenne qui leur permette de vivre de leur métier.

Aujourd’hui, je suis professionnellement investie sur plusieurs fronts qui font sens par rapport à mon parcours : co-animatrice de l’association Rhônapi, je retourne avec plaisir en région Rhône-Alpes, lieu de mes années sportives, et je mets à profit mon expérience  acquise avec Pierre de Bourgogne.

Je développe la prescription des Marbres de France  et la carrière d’Aubert, situés en région Occitanie et maintiens mes relations avec les architectes, les designers ; le site internet du Syndicat national des Industries de Roches ornementales et de construction (SNROC) ainsi qu'une brochure présentant la pierre naturelle française déclinée par types géologiques (calcaire, grès, granit, lave, marbre et schiste).

Je participe également au comité de pilotage du salon Rocalia, le premier salon de la pierre naturelle en France qui se déroulera du 5 au 7 décembre 2017 à Lyon.

Représentant la FFPPS, je collabore avec l’association des artisans Laviers & Muraillers de Bourgogne pour des projets pierre sèche en Bourgogne, notamment sur le territoire du futur Parc national des Forêts de Champagne et Bourgogne.

Enfin, je développe actuellement un beau projet design en pierre qui j’espère verra le jour en 2018." 

Françoise Naudet

www.savoir-french.com

Photo : Collection Palais,  en marbres de Saint-Pons, designer Pierre Gonalons, éditions Armel Soyer.

Pierre d'angle

la rubrique de la revue Pierre Actual

Pierre Actual est la revue française de la filière pierre naturelle.  Son contenu éditorial aborde l'ensemble des activités de la filière, depuis l'exploitation en carrière jusqu'à la mise en œuvre sur les chantiers, dans tous les domaines d'application des roches ornementales (bâtiment, décoration, aménagement urbain et paysager, restauration du patrimoine, etc.). Au-delà de son rôle d'organe de presse, Pierre Actual est à l'initiative ou accompagne de multiples initiatives qui visent à promouvoir la filière et l'emploi de la pierre naturelle. 

 

Découvrez le sommaire du numéro 958,  actuellement en cours de diffusion.

 

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Conception, rédaction (sauf mention contraire) et mise en page: Martin Muriot
Conception graphique et infographie: Johan Mary

Production: association « Laviers & Muraillers de Bourgogne »
Tous droits réservés – Avril 2017

 

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