"Pierres qui roulent..." le média-lithe / Saison 16 

Saison 16 - L'écriture 

Gravure - Inscriptions lapidaires - Appareillages - Poèmes - Lettres

 Les signes lapidaires

signes lapidaires laviers et muraillers de bourgogne

(version intégrale)

Toute société, toute culture sont consubstantielles aux signes. II n'est pas de communications qui ne soient liées à leur emploi.

Que ce soit l'oralité qui fasse appel à la gestuelle et aux intonations de la voix, que ce soit l’écriture qui a recours à l'usage codifié d’éléments graphiques.

Les artisans de la pierre (tailleurs de pierre, carriers, etc.) n'échappent pas à la règle. Matériau pérenne, la pierre a dans la plupart des cas bien conservé ces signes à travers les siècles, voire les millénaires. Leur étude en est donc possible.

Nature et fonction

De tout temps et en bien des lieux, là où l’homme exploita la pierre, les marques eurent tendance à paraître. Signes par essence, les marques gravées délivrent divers messages.

Les signes utilisés par les artisans de la pierre sont de deux types : les signes identitaires (ou identificatoires) et les signes utilitaires.

Les premiers expriment l'identité de leur auteur dans le but de justifier un paiement, un salaire. C’est ce que l’on nomme communément « la marque de tâcheron ».

Cette identité peut-être celle d'un individu, d'une équipe, mais aussi d'une carrière. La connaissance de cette identité individuelle ou collective, permet d'induire l'origine de la pierre, son lieu d'extraction, de déterminer l'auteur de sa taille, et par là éventuellement de dater avec une certaine précision le monument sur lequel ce type de marque se repère.

Plus que de simples marques de fabrique, ses signes font donc partie dans ce cas d'un système plus large de faire-valoir individuel ou collectif.

Elle camoufle en corrélation les notions de propriété du travail,  du matériau, de responsabilité du travail et du matériau fourni, la notion de liberté.

 Les signes utilitaires ont vocation à renseigner les différents protagonistes qui interviennent dans la construction d’un ouvrage en pierre. 

L'artisan de la pierre est en relation avec, en amont le maître d'œuvre ou l’architecte lors de la commande, en aval avec le maçon, lorsqu'il n'est pas poseur de la pierre lui-même. II est donc très souvent au centre d'une dialectique inter-relationnelle.

Ces marques répondent donc à des besoins spécifiques afin de faciliter la mise en place des pierres.

Ce sont les signes de pose (qui indique le sens de la pierre sur elle-même),  et d'appareillage (situation dans un ensemble).

Morphologie

L'ensemble des signes lapidaires se divise en plusieurs catégories selon leur morphologie :

les lettres et monogrammes, les chiffres romains et arabes, les formes géométriques, les marques composées de traits (flèches, fourches, croix, lignes, etc.)

Ecriture et signes lapidaires

Les signes lapidaires entretiennent avec l'écrit des rapports directs et indirects.

Directs en ce qu'ils sont utilisés comme tels dans les documents écrits; indirects en ce qu'ils ont recours aux lettres comme éléments constitutifs, ou que leurs discours s'apparentent aux cohérences exprimées par l'écriture.

Au fil du temps, la fonction de départ des signes identificatoires s’élargit au fur et à mesure que l’apprentissage et l’usage de l’écriture se généralisent à toutes les couches de la population.

Ainsi, la « marque de tâcheron » du tailleur de pierre va devenir un signe de reconnaissance individuelle en toutes circonstances, une sorte de signature.

Tracée en garantie par son propriétaire, elle s'inscrit dans un processus d'auto-réflexivité référentielle, à savoir qu'elle déclare par sa présence que le nom indiqué est bien le bon, qu'elle le confirme, qu'elle valide sa propre identité exprimée, sous une autre forme écrite. Son rôle est donc tout a la fois essentiel et complémentaire. 

Article rédigé à partir de l'étude Signes gravés, signes écrits, signes reproduits
de Jean-Louis Van Belle

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 Pour comprendre les signes lapidaires  aux éditions Safran

pour comprendre les signes lapidaires

Ce livre est un guide pratique pour connaître le signe lapidaire, son historiographie, sa morphologie et les apports de la glyptographie (étude des signes gravés) à l’histoire.

L'auteur, Jean‑Louis Van Belle, docteur en histoire est fondateur et président du Centre International de Recherches Glyptographiques (CIRG).

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PHOTO du haut : Martin Muriot. Lettre gravée sur un  lit de pose d’un linteau, probablement au XIXème s. Calcaire à entroques du Jurassique, carrière de Nanton (71).

 

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Conception, rédaction (sauf mention contraire) et mise en page: Martin Muriot
Conception graphique et infographie: Johan Mary

Production: association « Laviers & Muraillers de Bourgogne »
Tous droits réservés – Janvier 2017

 

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