"Pierres qui roulent..." le média-lithe / Saison 15 

Saison 15 - la notion de savoir-faire

Edito

Tout d’abord, saisir une pierre. Sentir son grain, sa densité.

La faire tourner, l’observer; ressentir son centre de gravité.

Puis saisir l’outil ; trouver son équilibre.

Cibler le point d’impact, lancer l’outil, provoquer l’onde de choc.

Façonner l’arrête, l’angle, la surface.

Eclats de matière

Ensuite, comprendre le mur. Ses lignes, son volume, sa structure.

Enfin, poser la pierre, à sa juste place dans l'ouvrage.

Franchir le vide, trouver les appuis. Caler, bloquer, bâtir.

Dialogue avec la matière

..................

Bonne lecture !

(Pré)histoire d'un savoir-faire

Parmi l'ensemble des activités techniques préhistoriques, la taille des outils de pierre forme un domaine d'étude très privilégié. (…) 

La complexité même des contraintes techniques de la fracturation contrôlée, la variété des techniques de taille, des séquences possibles agencées en méthodes, tout cela donne à la fabrication lithique un très riche potentiel d'information pour l'archéologue. (…)

Le travail des roches dures est effectué essentiellement par percussion. Le percuteur de pierre, de bois végétal ou de cervidé est donc animé d'un geste rapide - balistique - qui ne peut être contrôlé par la vue pendant son cours. Les gestes doivent donc être ajustés avant d'être effectués. Ils ne sont ainsi jamais parfaits, alors même qu'ils ne peuvent être repris et n'autorisent aucun repentir.(…)

 L'obtention de produits définis à partir de blocs bruts jamais identiques impose des opérations de préparation et de correction avant et pendant les phases strictement productives. Dès lors, pour de telles productions, le tailleur ne peut appliquer « à l'aveugle » un enchaînement immuable de gestes stéréotypés : il lui faut constamment apprécier l'état de la pièce et adapter le ou les quelques gestes de taille à suivre.

On comprend donc qu'il doive avoir à l'esprit non seulement le ou les produits désirés, mais aussi une succession de formes géométriques intermédiaires, images mentales ou concepts, qui lui servent de guide mental au cours de sa démarche. C'est pour progresser de l'une à l'autre ou corriger une « déviation » qu'intervient une nécessaire souplesse : imaginant et/ou combinant diverses modalités d'action, le tailleur opte pour la modalité à la fois possible (selon les contraintes) et souhaitable (selon l'objectif). (…)

Ainsi, cette analyse concordante d'observations archéologiques et expérimentales retrouve les deux « éléments » fondamentaux en jeu dans les activités techniques : des connaissances et des savoir-faire.

Les connaissances regroupent d'une part les représentations mentales des formes jugées idéales et des matériaux en jeu (concepts), et un registre de modalités d'action (gestes associés à leur résultat pratique). Ces connaissances correspondent à des mémorisations de formes et d'actions élémentaires, et peuvent être acquises pour l'essentiel par simple observation des aînés, en s'inscrivant dans la mémoire des faits.

Les savoir-faire, eux, reviennent à la capacité d'effectuer des opérations mentales et à des estimations sur les résultats de ces opérations. Le savoir-faire idéatoire[1] correspond à la construction et l'évaluation critique de la situation présente, à l'évocation des suites possibles selon diverses modalités imaginées, suites virtuelles chacune qualifiée selon ses avantages et risques respectifs.

Le savoir-faire moteur correspond à la programmation plus ou moins fine des gestes de taille, c'est-à-dire à des opérations intuitives sur les paramètres sensoriels et proprioceptifs[2] en jeu : masse et qualités de l'outil et de l'objet taillé, caractère de l'enlèvement attendu, pour l'adaptation du maintien de l'objet, du dessin et de la puissance du geste.

A l'opposé des connaissances, les savoir-faire s'affinent au gré de l'expérience pratique de l'individu et ne sont guère transmissibles. Ils sont du ressort de la mémoire procédurale, remarquablement persistante au long de la vie et résistante à diverses formes d'amnésies qui peuvent toucher (l'expression de) la mémoire des faits. (…)

Les causes d'erreur ou d'accident deviennent plus nombreuses et complexes, si bien que l'acquisition des savoir-faire suppose très certainement l'élaboration par l'individu d'une compréhension du fait technique lui-même, c'est-à-dire d'une conscience des paramètres en jeu et de leurs relations techniques en termes de cause/conséquence. En effet, comment se corriger devant un « accident » - quand l'obtenu diffère de l'attendu -, sans au moins discerner le genre de la cause ? (…)

Par ailleurs, de la définition donnée ici des savoir-faire, à savoir des opérations mentales et des estimations sur des anticipations, découlent certaines réflexions. Les savoir-faire se prêtent mal, par nature, à une systématisation, ou à une transmission. Ils existent et s'acquièrent essentiellement par la pratique, plus précisément par une pratique attentive, puisqu'ils supposent une capacité d'interprétation intelligente - et non pas seulement une mémorisation de cas de figures - des expériences successives. C'est là, semble-t-il, l'une des facettes de l'intelligence humaine, même si elle résiste à la mise en forme scientifique.

L'artisan ne dit-il pas, avec la réserve ancestrale de ceux qui savent que communiquer n'est pas toujours transmettre, en « apprendre tous les jours » ?

Jacques Pelegrin, archéologue

Extraits de l'article "Les savoirs-faire: une très longue histoire" revue Terrain n° 16, 1991, pp. 106-113.

[1] Relatif à une représentation mentale des actions à exécuter.

[2] Se dit de la sensibilité du système nerveux aux informations sur les postures et les mouvements, venant des muscles et des articulations.

PHOTO: Johan Mary. "Par le geste et la méthode, la taille des laves (lauzes calcaires) me semble être un héritage de la taille des bifaces préhistoriques." Martin Muriot, lavier.

VIDEO: Démonstration de taille d'un silex par J. Pelegrin, Inrap

 Histoire d'un savoir-faire

En ayant recours à des matériaux de cueillette, paille, terre, pierre, l’homme a su faire preuve d’ingéniosité et d’adaptabilité pour répondre à ses besoins.

Ainsi, partout où la pierre est présente à travers le monde, cette dextérité de l’œil et de la main pour assembler en calant, sans liant, des pierres tout venant, s’est diffusée oralement à travers les siècles.

Ce savoir-faire bien particulier s’est forgé entre hommes de métier de la maçonnerie comme entre paysans. Quel que soit le type de pierre, calcaire, granit, schiste, ces maçonneries sont bâties sur les mêmes principes de base et les modèles diffèrent davantage par la forme de la pierre à disposition que par l’ouvrage à construire. La technique s’est affinée par empirisme. L’homme a épierré ses champs pour pouvoir les travailler, collecté les pierres en pierriers, les réemployant ensuite pour niveler les collines, installer et accompagner abri ou habitat, produire des banquettes cultivables, clôturer ses parcelles, les protéger et canaliser aussi bien l’eau que les troupeaux.

Cependant en France, les guerres ont emporté les hommes et l’industrie a répondu aux besoins de reconstructions si prégnants alors, par l’apport d’autres systèmes constructifs. L’exode rural a vidé les collines et les montagnes, les machines agricoles et de terrassement ont bouleversé les comportements en délaissant les terrasses, en supprimant les haies champêtres et en concassant les enclos lithiques. Une brutale modification de la connaissance dans toutes les filières, du bâtiment, de l’agronomie et de l’agriculture, s’est opérée. Cependant, à chaque fois qu’un paysage se referme, que le long des routes des murs s’écroulent et sont remplacés par du béton, de l’enrochement ou du gabion (cage de fer remplie de pierres), cette évolution est ressentie comme un mélange de nostalgie et d’absurdité. Pourtant, il suffit que ces paysages de pierre sèche soient cultivés et bien entretenus à l’année pour qu’ils expriment la qualité totale : celle du pays, celle des hommes, celle des productions.

Ainsi, certains ont réagi localement, bravant les railleries des inconditionnels du parpaing et du béton, ils ont perduré la tradition et ont bâti la pierre à sec laissant leurs empreintes par chez eux. A partir de 2000, dressant une passerelle entre Provence et Cévennes, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Vaucluse et le Parc National des Cévennes ont repérés, puis rassemblé et accompagné ces praticiens. Cette action s’est inscrite en complémentarité des travaux d’inventaires et de sauvegarde de nombre de bénévoles, partout en France.

Ainsi, composée d’une poignée de chercheurs, d’artisans ou d’encadrants technique de chantiers d’insertion, leur mobilisation a mutualisé compétences, énergies et passions pour créer une filière professionnelle. L’apparition de la notion de Développement Durable, fin 2003, leur a donné un « coup de pouce » et a renforcé leurs convictions. En quelques années, leur dynamique a construit la reconnaissance de ce système constructif en prouvant scientifiquement, combien et comment, la pierre sèche s’avère pertinente pour les générations futures.

La mise en commun des savoirs et la pluridisciplinarité ont permis de perfectionner la mise en œuvre, validée par plusieurs thèses successives de doctorat d’ingénieur. Des murs tests ont été expérimentés avec le calcaire du Vaucluse en 2002, puis le schiste des Cévennes en 2003 et enfin le granit des Cévennes en 2007. Cette progression collégiale a produit Les Règles de l’Art avec abaques de calculs de dimensionnement des ouvrages : «Guide de bonnes pratiques de construction de murs de soutènement en pierre sèche » édité en 2008. L’étape suivante a mené ce collectif à construire une qualification professionnelle nationale : le Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) « ouvrier professionnel en pierre sèche», validé par la Commission paritaire nationale pour l’emploi dans le BTP en 2010. Depuis, le niveau supérieur « Compagnon professionnel en pierre sèche » a également été validé, en 2014, « Murailler » est un savoir-faire désormais inscrit dans la liste nationale des métiers d’art (JO du 31 janvier 2016) et fait l’objet d’une candidature transnationale au label «Patrimoine culturel immatériel» de l’UNESCO (1).

Certification de la technique et qualification du savoir-faire ont apporté la crédibilité qui manquait pour rassurer les prescripteurs, les assurances professionnelles et encourager certains élus à tout mettre en œuvre pour soutenir le retour à l'art de bâtir en pierre sèche sur leur territoire. Depuis, des praticiens sortent de leur isolement, des jeunes éveillés à l’éco construction se découvrent une vocation, et, venus de partout en France, se présentent à l'examen. Si certains y trouvent l’intérêt d’une reconnaissance, d’autres créent leur propre emploi ou ajoutent cette compétence à leur entreprise. Des groupements momentanés d’entreprises (GME) s’organisent pour répondre aux appels d'offres de marchés publics.La dynamique de réseau a servi de levier pour interpeller les donneurs d’ordres, ouvrir une filière et générer un marché de niches, certes, mais multi niches.

Claire Cornu,

coordinatrice de la Fédération française des professionnels de la pierre sèche FFPPS (2) 

Diplômée en architecture et en urbanisme. Membre ICOMOS, ICOMOS ISC-stone

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(1 ) Parallèlement au XVème Congrès international de la pierre sèche, s’est tenue la deuxième réunion des gouvernements pour la candidature transnationale du savoir et du savoir-faire de la pierre sèche au label Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Elle rassemble aujourd’hui 8 états coordonné par la Grèce : France, Espagne, Italie, Croatie, Slovénie, Chypre et Suisse.

​​​​​​​Soutenez cette candidature en adressant dès à présent et impérativement avant février 2017 votre courrier à Ministère de la Culture Direction générale des patrimoines Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique A l’attention de Sylvie GRENET 6 rue des Pyramides 75001 Paris

(2) Les objectifs de la FFPPS sont de contribuer à structurer et animer un réseau de praticiens de la pierre sèche, de porter la parole des professionnels, de développer la formation et l’emploi autour de la pierre sèche.

PHOTO: Johan Mary.  Mur de pierre sèche réalisé par les artisans Laviers et Muraillers de Bourgogne.

 Savoir-faire et compétences

mur-pierre-seche-parement

(Extraits)

L’essor de l’écologie comme science des écosystèmes ouvre depuis le 20ème s. un champ encore à peine défriché mais qui confirme que la science et la technologie ne doivent pas être sacralisées, que la connaissance reste tributaire des contextes historiques, culturels et sociaux de sa production, et qu’elle doit faire l’objet de débats bien au-delà des milieux de la recherche proprement dite. 

Le développement de pratiques professionnelles éco-responsables nécessite l’émergence de nouveaux savoir-faire et pas seulement l’invention de solutions techniques et la multiplication de réglementations et de prescriptions. C’est dans cet esprit que nous avons répondu à la sollicitation de l’association Laviers & Muraillers de Bourgogne pour la rédaction d’un texte sur les « savoir-faire », et la raison pour laquelle nous avons tenté de partager l’intérêt éprouvé à la lecture d’un certain nombre de publications.  (…)

La notion de savoir-faire continue à faire l’objet de peu d’attention comme en témoigne la croissance continuelle des prescriptions relatives au travail et la difficulté à concrétiser les orientations relatives au « verdissement » des diplômes et certifications. Les savoir-faire ont été dévalorisés parce qu’ils étaient systématiquement associés à des tâches manuelles concurrencées par la mécanisation et l’automatisation (la productique) et à des emplois jugés moins qualifiés et moins nobles que ceux portant sur des tâches intellectuelles de conception, d’organisation et de contrôle. Pourtant cette notion appartient encore à la culture et est toujours présente dans le vocabulaire des gens de métier, même si les expressions associées à cette forme de savoir peuvent apparaître archaïque : « avoir ou prendre un coup de main », « le biais du gars », « le tour de main ».(...) 

Parce qu’ils paraissent indissolublement liées à la réalisation de l’action à laquelle elle s’applique et qu’on peine à les dénommer, les savoir-faire sont considérés comme ponctuels et peu transférables. Pourtant Jacques Leplat, qui les définit comme des compétences incorporées (à l’action) considère que leur maîtrise conditionne l’acquisition de compétences plus larges permettant le contrôle de tâches complexes. Leur acquisition paraît fonder sur la répétition, l’action méticuleuse, des exigences qui sont peu compatibles avec un enseignement qui privilégie la théorie à la pratique et un système de production qui privilégie les exigences de productivité, de rentabilité et de flexibilité, de délai.(…)

Le CNPF, lors des journées internationales de Deauville en 1998, définit la compétence comme une combinaison de connaissances, savoir-faire, expériences et comportements. C’est un progrès au sens où l’on rompt ainsi avec le modèle du poste de travail. Le principe de base de ce modèle qui est de qualifier des postes sur la base d’une analyse des tâches à effectuer pour les occuper conduisait en effet à ne considérer les qualités humaines qu’en fonction de ce qui est requis pour réaliser ces tâches. L’émergence de la notion de compétence vient bousculer l’ordre des choses en reconnaissant que « le travail devient l’activité de sujets agissants ». 

Nous lui préférons toutefois la définition qu’en donne Philippe Zarifian dans la mesure où, au lieu d’évoquer on ne sait qu’elle combinaison de savoirs et de connaissances, il met en avant la prise d’initiative et de responsabilité des professionnels : « la compétence désigne une attitude de prise d'initiative et de responsabilité que l'individu exprime dans l'affrontement réussi aux enjeux et problèmes qui caractérisent les situations de travail que cet individu prend en charge ».  

La mise en œuvre de ce modèle pose plus de problème que la définition elle-même. La définition ne ne fait pas référence à la distinction entre connaissances tacites et connaissances explicites car ce serait admettre qu’il existe une différence entre travail prescrit et travail réel. En déclarant qu’elle est le fruit d’un constat, le CNPF écarte l’idée que l’identification des compétences est le résultat d’analyses sur la façon dont un travail est conduit et privilégie l’observation des résultats de l’action et leur conformité à ce qui est attendu par l’entreprise. La compétence est ainsi assimilée à une performance dont le repérage, l’évaluation, la validation et le développement appartiennent « à l’entreprise ». Philippe Zarifian signale à juste titre qu’il y a au moins trois évaluateurs potentiels de cette performance : la hiérarchie de l’entreprise, le client ou l’usager, le salarié lui-même. Il reste que la définition patronale de la compétence pose problème lorsque l’on passe du niveau de l’entreprise à celui de la branche : sur quelle base établir un consensus si ce n’est en revenant à l’établissement d’une liste des tâches caractéristiques des emplois ou des diplômes considérés.

(…) La distinction de trois registres cognitifs considérés comme constitutifs de la compétence - la connaissance (le savoir), la pratique (le savoir-faire) et les attitudes (le savoir-être) – peut faire penser qu’il est possible de les considérer séparément alors qu’il s’agit d’une combinaison.

Chez l’homme, on sait bien aussi que la tête, le corps, et le cœur ne sont pas des entités autonomes. De plus, cette trilogie qui remonte aux années 1960 est toujours énoncée dans le même ordre comme s’il y avait une préséance à respecter et à reproduire en formation : l’acquisition des connaissances, échelon le plus noble, constituant la première étape, puis la mise en pratique que viennent épauler de façon accessoire, l’engagement personnel, la discipline, la motivation à bien faire, etc.  ​​​​​​​

Paul Kalck, ingénieur d’études au Céreq

​​​​​​​Centre d’étude et de recherche sur les qualifications

Septembre 2016 

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Cette étude fait état d’ouvrages remarquables écrits par des spécialistes avant d'examiner de nombreuses publications de chercheurs qui, en s'efforçant d'identifier les savoir-faire, découvrent chez les praticiens la mobilisation d'une "intelligence pratique". Ces travaux qui renvoient à une bibliographie conséquente d'ouvrages et d'articles en général accessibles à des non-spécialistes, pourraient inspirer un renouvellement des pratiques en matière de formation et de gestion des ressources humaines. (P.Kalck)

PHOTO : Johan Mary. Détail de parement et niche. Réalisation artisans Laviers et Muraillers de Bourgogne.

 Un savoir-faire qualifié et certifié

épreuve du CQP mur de pierre sèche

La création d’un système de qualification français pour les techniques de construction en pierre sèche participe à la reconnaissance de ce savoir-faire ainsi qu’au développement et à la visibilité de la filière. Avec la recherche scientifique sur la résistance des murs et l’homologation des règles professionnelles pour la pierre sèche, c’est aussi un élément structurant pour la création d’une garantie décennale spécifique pour ce métier. De plus en plus de bâtisseurs professionnels souhaitent se qualifier, pour promouvoir leurs compétences dans un marché national actif et en expansion. ​​​​​​​

Il existe aujourd’hui deux qualifications reconnues au niveau national par la filière du bâtiment et des travaux publics concernant les techniques de construction en pierre sèche, les Certificats de Qualification Professionnelle (CQP) niveau 2 « Ouvrier professionnel en pierre sèche » et niveau 3 « Compagnon professionnel en pierre sèche ». (…)

Ces deux qualifications ont été élaborées par des bâtisseurs professionnels du Languedoc-Roussillon, d’Auvergne et de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, au sein de la commission « Formation et Qualification » de l’association « Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches » (ABPS)*, en partenariat avec la Fédération Française du Bâtiment du Gard (FFB 30) et la FFB nationale.

Deux voyages d’étude en Grande Bretagne coordonnés par ABPS en 2007 et 2010, ont permis de comprendre le fonctionnement du seul système de qualification nationale existant à cette époque, celui élaboré par  The Dry Stone Walling Association of Great Britain  (DSWA), et de transférer et adapter ce système aux exigences et au contexte du marché français. (…)

Le CQP N2 atteste des compétences de base (…). Il (…) se déroule sur 3 jours, avec un temps défini entre 17 et 21 heures selon la pierre choisie pour l’épreuve. Un examen oral devant le jury atteste des connaissances générales du candidat concernant ce mode constructif.

Le CQP N3, très technique, s’adresse aux bâtisseurs confirmés ayant déjà le niveau 2 et de l’expérience en entreprise ensuite. (…) Le CQP N3 se déroule sur 4 jours (environ 30 heures). (…)

Au niveau européen, les qualifications françaises ont également trouvé une résonance. Entre 2012 et 2014, l’association ABPS a piloté et coordonné un partenariat européen regroupant des organismes concernés par la pierre sèche en Italie, Espagne, Grande Bretagne et France. (…)

Un objectif majeur du projet était de faciliter des rencontres entre bâtisseurs, permettant des échanges techniques et l’initiation d’un réseau européen professionnel. Les ateliers “sharing walling” (partage de savoir-faire) constituaient un élément de chaque visite, l’opportunité de travailler côte à côte, « d’apprendre en faisant », et un lexique de termes techniques et pratiques en quatre langues a été élaboré durant ces échanges.

Le projet a été utilisé comme un tremplin de développement pour certaines régions avec des conférences sur la pierre sèche et des démonstrations. Les coordinateurs ont également échangé sur les dispositifs de formation et de qualification de chaque pays pour comparer les meilleures pratiques, apprendre des expériences de chacun et développer des idées nouvelles. Un référentiel commun pour une formation d’initiation de 5 jours a été élaboré et traduit dans les quatre langues. Les résultats du projet incluent un documentaire, un lexique multilingue, un référentiel de formation et des courts-métrages des visites. Ils sont disponibles sur le site web de l’action qui a été créé pour diffuser les résultats : .  

Par ailleurs, les partenaires ont missionné un cinéaste pour créer un documentaire sur le thème du métier de bâtisseur en pierre sèche en Europe aujourd’hui. Sous-titré par chaque partenaire, ce documentaire est aujourd’hui projeté dans des conférences, des écoles et des collèges pour promouvoir le métier et encourager les jeunes à se former. L’autre résultat a été la création d’un réseau européen de professionnels. (…)

L’objectif est de promouvoir la mobilité des professionnels en Europe, par exemple sur des chantiers partagés. (…)

L’association ABPS continue à travailler avec l’Italie pour promouvoir la création d’une qualification et d’un réseau de professionnels italiens, et sera présente à Ossola dans les Alpes italiennes à ce sujet en octobre 2016 pour présenter son travail, lors de la conférence internationale (Paysages en terrasses). Les partenaires italiens vont également projeter le film réalisé aussi à cette occasion.  

* L'association « Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches » (ABPS) travaille depuis 2002 sur le développement de la filière pierre sèche en Cévennes et en France, avec un partenariat de professionnels, d’institutionnels, d’élus, de chercheurs et de représentants du monde associatif et syndical. Elle se compose d’une cinquantaine de membres répartis sur 18 départements, 5 régions, et 1 membre à l’étranger (Espagne). Ils sont inscrits auprès d’une Chambre de Métiers au répertoire du bâtiment et/ou filière BTP, et travaillent de façon quotidienne dans des entreprises spécialisées et dans le marché de la pierre sèche (3 membres fondateurs sont aujourd’hui des artisans à la retraite).

L’association gère l’Ecole Professionnelle de la Pierre Sèche, centre de formation itinérant et spécialisé qui est basé à l’Espinas (48160) dans les Cévennes.

Cathie O’Neill, directrice de l'association A.B.P.S.

04 66 32 58 47/ 06 32 08 84 67

​​​​​​​PHOTO: Bill Noble, artisan bâtisseur à pierre sèche de la DSWA et membre du jury note un ouvrage réalisé durant l'exament du CQP niveau 3 à l'Espinas. Crédit photo: association ABPS.

"l'Echo des cailloux"... 

l'actualité du réseau

 GESTES DE PIERRES, film de Dominique Comtat, relate un chantier de restauration d'un mur de soutènement en pierre sèche dans les Monts d'Ardèche conduit par Loys GINOUL, murailleur. 

Le film oscille entre mode d'emploi de la pierre sèche et beauté poétique des gestes, faits de force, de patience et de précision. Un deuxième film inclus au DVD est issu d’un atelier découverte et apporte des explications sous forme ludique à ceux qui voudraient approfondir les bases techniques et théoriques sur le sujet. 

Ces deux documents sont de précieux outils pédagogique pour toute personne intéressée par la pierre sèche, par la découverte du métier de murailleur et par la transmission d'un savoir vernaculaire.  

XVème Congrès international de la pierre sèche 

9, 10 & 11 Septembre, ile de Céphalonie,           Mer Ionienne, Grèce.

Organisé par la Société scientifique internationale pour la pierre sèche (SPS)

A cette occasion se réuniront les Ministères français, chypriote, suisse et grec pour concevoir le dossier de candidature transnationale du savoir-faire de murailler au label Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

PROGRAMME COMPLET


Journées Européennes du Patrimoine

17 et 18 septembre 2016

Ces journées seront l'occasion de visiter les lieux emblématiques des Climats du vignoble de Bourgogne.

Rendez-vous au palais des États de 14h à 18h pour découvrir les raisons et les enjeux de l’inscription au Patrimoine mondial de l'UNESCO (depuis juillet 2015) de ce territoire exceptionnel.

Informations pratiques

Association des Climats du vignoble de Bourgogne - Patrimoine mondial 

tel: 03 80 20 10 40

Présentation de l'exposition de la F.F.P.P.S. " Pierre sèche, une pratique durable pour le territoire"

Photo: Armelle. "Vendanges"​​​​​​​






COLLOQUE INTERNATIONAL

"PAYSAGES EN TERRASSES"

à Venise et  Padoue, Italie

Du 6 au 15 octobre 2016

PROGRAMME (pdf)

Découvrez ou re-découvrez les numéros précédents de "Pierres qui roulent..."

Conception, rédaction (sauf mention contraire) et mise en page: Martin Muriot
Conception graphique et infographie: Johan Mary

Production: association « Laviers & Muraillers de Bourgogne »
Tous droits réservés – Septembre 2016

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